Site en Français English website

Les troupes présentes dans l'île

Decaen, estimait dans la lettre du 15 ventôse an XII ( 7 mars 1804) « qu’il fallait entretenir régulièrement aux colonies orientales 3300 hommes, à savoir : 300 artilleurs européens, 2400 hommes d’infanterie européenne, et, en outre, 600 hommes, tant créoles que gens de couleurs libres, dont 150 seraient instruits à la fois pour l’infanterie et l’artillerie, 150 employés comme garde-côtes et les 300 autres comme troupes légères ».

De plus il écrit un an plus tard presque jour pour jour, le 5 ventôse an XIII ( 5 février 1805 ), que pour combler les pertes des divers corps depuis leur départ de France et compenser les garnisons fournies aux vaisseaux, il lui faudrait 300 ou 400 hommes de plus. Dans les rapports généraux de 1807 et 1808, Decaen réclame 1000 ou 1200 hommes de renfort, preuve que les effectifs ne sont pas accrus et encore moins maintenus.

A Paris ces réclamations répétées sont revues à la baisse, Décrès ministre de la marine estimant qu’il faudrait 800 à 1000 hommes de compléments et propose d’envoyer 300 conscrits en 1805. Seule l’inquiétude de la faiblesse des effectifs réels face à un danger de plus en plus présent permettra de passer outre la lourdeur administrative et à la volonté d’économie de bouts de chandelles. Après une première idée d’envoyer 400 hommes supplémentaires en 1807, Napoléon en personne décide enfin le 9 juin 1810, de doubler la garnison de l’île de France, forte de 1500 hommes . Ce renfort trop tardif n’aura même pas le temps de débarquer dans les Mascareignes, les Anglais s’en emparant avant.

Les troupes métropolitaines

Dans la classification des troupes par ordre de qualité se trouve en premier celle de métier. Ce sont des soldats professionnels, généralement volontaires, du moins dans les premières années de la Révolution et de l’Empire. Au moral élevé, ces soldats comptent parmi les meilleurs d’Europe.

I. LE 15ème REGIMENT D’INFANTERIE LEGERE :

Le 15ème régiment d’infanterie légère ou 15ème demi-brigade légère ( le terme de régiment jugé trop « aristocratique » ayant été aboli puis remis en vigueur sous l’Empire) est composé de vétérans de la Révolution. Ce régiment d’active, arrive tout droit de la métropole et est un symbole à lui seul de la France révolutionnaire. L’étude des lieux de l’origine géographique des soldats, indique 50 départements .

Arrivé avec Decaen, il stationne essentiellement à l’Isle de France, mais un détachement est envoyé à La Réunion. Ce détachement nous permet d’observer ce que devaient être les troupes installées sur l’île sœur. Le détachement arrive sur l'Isle Bonaparte le 16 pluviôse An XI ( 5 février 1803 ). Nous possédons sa composition à cette date mais aussi différents bilans qui nous renseignent sur les mouvements survenus dans ce détachement et de connaître les aléas de leur vie au cours des 8 premiers mois passés à La Réunion. Aisni en date du 16 pluviôse An XI. ( 5 février 1803) c'est le Capitaine de 2ème classe d’Or Henry Joseph qui commande une compagnie de chasseurs. On remarquera la présence de 4 enfants de troupes.

Durant l’année 1808, on peut raisonnablement estimer son effectif à : 16 sous-officiers (1 sergent-major, 4 sergents dont 2 à 2 chevrons et 2 à 1 chevron), ( 1 fourrier, 10 caporaux : 4 à 2 chevrons, 1 à 1 chevron) En sus 82 chasseurs, 2 tambours et 2 enfants de troupes.

Soit un total de 106 officiers, sous-officiers et soldats.

II. LE 12ème BATAILLON D’INFANTERIE DE LIGNE.

Le 12ème bataillon dit « de la République » est un des éléments militaires le plus « au cœur » de l’histoire tourmentée de l’île entre la Révolution et l’Empire, et bien que cela déborde notre cadre chronologique, il nous faut faire un rappel sur ce bataillon particulier :
Venu de métropole, il est formé de révolutionnaires. Le bataillon stationne principalement à l’Isle de France (act. Ile maurice ) et un détachement est présent à La Réunion pour renforcer la défense de l’île contre les Anglais et peut être même contre les Réunionnais eux-mêmes…

En effet, ce bataillon a purement et simplement été dissous et renvoyé en métropole pour cause de menace à l’ordre établi, c’est à dire à l’ordre esclavagiste, en faisant l’éloge du décret du 16 pluviôse qui abolissait l’esclavage.

Outre cela, « la sympathie pour les noirs et les convictions républicaines s’associent au mépris pour les « bourgeois » et pour les conservateurs au pouvoir. », à cela il faut ajouter la menace que représente collectivement les hommes du 12ème bataillon […] déclarant « qu’on les gênait et qu’il vouloit foutre sur la gueule aux bourgeois » ( sic ! ). La crise entre la troupe et les autorités de l’île Bonaparte s’amorce suite aux graves difficultés financières que rencontrent ces dernières pour solder la troupe. Faute de paye, les soldats commencent à se servir eux-mêmes dans la population semant le désordre. Le gouverneur fait preuve jusqu’au bout de calme, expliquant à l’assemblée coloniale « qu’on ne peut pas tout exiger des troupes quand on ne les paye pas » Mais le turbulent bataillon n’en reste pas là. Il fait preuve d’une dangereuse attitude, aux yeux des colons, en prenant des comportements beaucoup trop familiers avec les esclaves.

Ainsi au cours d’une nuit, les hommes du 12ème bataillon se rassemblent, avec des esclaves, faisant un grand tapage, chantent « La Marseillaise » et d’autres chants patriotiques « qu’on ne peut désapprouver que par l’heure à laquelle ils étaient chanté(sic) mais dont l’application dans les colonies en ont fait la ruine » estime le gouverneur. Lorsque l’on tente de les disperser, les soldats révolutionnaires répondent :

« F…, il nous faut la liberté à quelque prix que ce soit…nous forcerons les aristocrates à exécuter la loi…[…] nous avons fait la révolution en France et dans ce foutu pays on ne peut pas en venir à bout de le faire, mais nous la ferons » . Et tous d’inciter les esclaves présents à ne plus avoir peur de réclamer leur liberté. C’en est trop en décembre 1797, le 12ème bataillon, accompagné par un détachement d’artillerie des volontaires d’Angoulême est renvoyé vers la métropole, ne laissant que 8 malades. Certains d’entre eux au moment d’embarquer se répandent en menaces contre la colonie, déclarant que « si on n’accordait point la liberté aux noirs, ils viendraient avec 5 à 6000 hommes mettrent le feu aux quatre coins de l’île » .

Quoiqu’il en soit, le régiment « abolitionniste » a laissé des structures suffisantes sur l’île puisqu’il continu d’exister sous un nom différent. La preuve en est grâce aux en-têtes des documents qui portent la dénomination de « 12ème bataillon de la république » et ce jusqu’en 1806.

Ce bataillon d’infanterie de ligne est sous la direction du Commandant Micquet.

Il se compose de :

  • 1 chef de brigade, 1 Quartier maitre, 1 Adjudant major, 1 Chirurgien en chef, 7 Capitaines, 6 Lieutenants, 7 Sous lieutenants, 1 Adjudant, 7 Sergents-Majors, 22 Sergents, 6 Brigadiers majors, 36 Caporaux, 178 Fusiliers/Grenadiers, 1 Tambours major, 2 Caporaux Tambours, 6 Tambours, 2 Maitres-ouvriers.
  • A cela s'ajoute :
  • 1 sergent, 2 caporaux et 12 grenadiers à l'hopital et sont détachés hors de l’île : 1 lieutenant, 1 sergent, 3 caporaux, 21 fusiliers et grenadiers.

Soit en tout 326 hommes.

Ce régiment aux troupes sans doute aussi turbulentes que leurs compagnons de 1797 va disparaitre à son tour le 1er septembre 1806.

Le capitaine commandant Ricquet cède son poste au capitaine Tiers.
Le 12ème bataillon est simplement dissous dans le régiment de l’île de France.

Il faut croire que les colons ne pouvaient supporter la moindre atteinte à l’ordre établi pour leur intérêt comme nous le verrons plus tard...

III. LE 48ème REGIMENT D’INFANTERIE DE LIGNE.

Ce régiment avait un détachement à La Réunion et était commandé par Robin, lieutenant de 2ème classe. Il était arrivé sur l’île le 21 juillet 1809, par la frégate La Caroline .

Précisons que les caporaux ( 3 ) sont immédiatement entrés à l’hôpital (mal de mer aggravé ou scorbut ?).

Nous ne possédons aucun autre document relatif à ce régiment. Sans doute a t’il subi le même sort que le 12ème bataillon d’infanterie de la république, c'est à dire dissous au sein du régiment de l'Isle de france ?

IV. LE REGIMENT DE L’ILE-DE-FRANCE.

Il est créé par le décret impérial du 18 brumaire An XIII ( 9 novembre 1804 ) qui ordonne la réunion des bataillons de la 109ème demi-brigade et de la 18ème légère présentent dans les Mascareignes, en un régiment qui prend le nom de Régiment de l’Isle de France. Théoriquement il devait comprendre un effectif de 2381 hommes, officiers compris. En fait, faute de renfort il stagna dans ses restes épars et comptait en l’an XIV ( 1805 ), 855 hommes dont 50 officiers et en 1806, 568 hommes dont 40 officiers. Et ce n’est pas la nouvelle organisation de ce régiment en février 1807 suite à l’ajout d’un détachement du 15ème régiment léger qui y changea quoi que ce soit. En fait tout le long de la période allant de 1804 à 1810, ce régiment sera renforcé par les débris des autres unités de métiers.
A La Réunion se trouvent deux compagnies de ce 1er bataillon : la 3ème compagnie du 1er bataillon crée à partir des restes du 12ème bataillon de la république stationné à Saint-Paul, et la compagnie de chasseurs du 2ème bataillon en garnison à Saint-Denis.

A) 3ème Compagnie :

Le 1er novembre 1806, la 3ème compagnie se composait de 86 hommes.

7 hommes sont mutés au profit d’autres compagnies, dont 12 uniquement pour celle des chasseurs de ce régiment stationné à Saint-Denis.
Sans doute est ce une volonté de rééquilibrer l’effectif des deux compagnies, chacune étant stationnée dans une ville différente, afin d’éviter d’avoir une ville plus affaiblie que l’autre. Néanmoins cela pose le problème de la qualité des hommes transférés et de leur aptitude à devenir chasseurs. Cela implique une formation poussée en direction de l’autonomie des combattants, qui vont devoir agir parfois isolément, avec un réel talent au tir.

Le contrôle annuel 1809 annonce 66 officiers, sous-officiers et soldats. Il n’est en rien plus précieux qu’un autre si ce n’est qu’il précise que cette compagnie a eu 2 prisonniers de guerre (les soldats Guibert François et Darboul Joseph) et 4 morts au combat ( Wiersmau Gebraud, Romensson Isaac, Alledey Thouar et Brevet William ). Le rapport ne précise pas si les soldats qui sont tombés au champ d’honneur étaient à Saint-Paul ou détachés à Sainte-Rose.

Là se pose un problème de données : un rapport daté de septembre 1809 fait brusquement remonter les effectifs de cette compagnie à 105 (!) officiers, sous-officiers et soldats.

Qu’en est-il 1 an plus tard ? Là encore les effectifs ont subi une usure très importante. Le 30 mai 1810, le régiment de l’île de France, 1er bataillon, 3ème compagnie, n’alignait plus que 69 hommes.

A cela il faut rajouter :

  • 8 déserteurs
  • 6 à l'hopital
  • 6 prisonniers de guerre

Les précisions concernant les prisonniers de guerre et les déserteurs sont des éléments très précieux car ils nous permettent de voir les conséquences sur une troupe professionnelle de la bataille de Saint-Paul. C’est à dire qu’une défaite infligée à ces troupes professionnelles n’a eu que peu de répercussions. Seulement un officier déserteur et sept sous-officiers et soldats sur presque soixante-dix hommes, c’est à dire 10%.

Pour une troupe présente depuis plusieurs années sur l’île et dont l’activité jusqu'à présent n’a connu aucun combat, le premier choc est plutôt bien supporté.

B) La 5ème compagnie ? :

Il faut ajouter qu’un document précise la présence d’un détachement de la 5ème compagnie du 1er bataillon, qui serait arrivé à Sainte-Marie, le 5 février. Il n’était composé que de 25 hommes y comprit l’officier, incorporant à son arrivé un nommé Bussière, sortant de l’hôpital. Par la suite il n’existe pas d’autres documents, éclairant sur son devenir.

C) La compagnie de Chasseurs :

En 1808, cette compagnie était commandée par le capitaine d’Or et se constituait de 68 hommes.

Pour l’année 1809 la compagnie de chasseurs faisant partie du 2ème bataillon, alignait l'effectif de 93 officiers, sous-officiers et chasseurs.

V. LE 8ème REGIMENT D’ARTILLERIE.

Comme pour l’infanterie, la présence d’artillerie durant la période révolutionnaire est prouvée. En l’An VI (1798), se trouvait à l’île de La Réunion, un « bataillon d’artillerie volante », peut-être de l’artillerie à cheval, composé d’une section dite de Saint-Denis et Sainte-Marie et d’une section du nord-est, comptant respectivement 31 et 29 hommes.

Sous le Consulat et l‘Empire, l’artillerie de l’île se trouva rassemblée dans un régiment d’artillerie à pied, à l’organisation particulière.

En effet sous ce dénominatif sont en fait regroupées toutes les batteries d’artillerie présentes dans les colonies de la France. De fait, ces compagnies sont réparties et divisées en fonction des besoins et des endroits à défendre. Ce régiment est à la fois composé de cadres professionnels, de cadres civils et de manœuvres libres ou serviles. Son capitaine commandant est BURGALA ( Augustin ) sous l’autorité du « directeur »(sic) LAPRADE. Ce détachement avait son administration installée à Saint-Paul mais l’essentiel de sa force était stationnée à Saint-Denis.

A La Réunion se trouve la 19ème compagnie qui par la suite, semble-t-il, sera dissoute et transformée en un détachement de la 11ème compagnie.

A) La 11ème compagnie :

Le 1er avril 1809 la 11ème compagnie de ce régiment se composait de : 1 officier (BURGALA, capitaine de 2ème classe), 5 sous-officiers ( 3 sergents, 2 caporaux), 1 artificier, 17 canonniers de 1ere classe, 9 canonniers de 2ème classe, 1 tambour, 5 ouvriers à la suite, 1 enfant de troupe. Soit un total de 39 officiers, sous-officiers, canonniers et ouvriers.

De même en septembre 1809 on relève 35 hommes employés au sein de l’artillerie. Ce détachement se composait de, 8 gardiens d’artillerie ( dont 1 à Saint-Pierre et 1 à Saint-Leu), 1 maître armurier, 1 charron d’artillerie, 1 serrurier, 1 forgeron, 1 charpentier d’art, 2 sergents employés à l’artifice et 18 canonniers .

Ce détachement aura à déplorer 4 prisonniers de guerre, Louis DAUMERE et Johan WAK, PITRE (trompette) et Ménérique FISCHBEK.

Régiments, bataillons, compagnies, infanterie de ligne, légère, artillerie. Les troupes métropolitaines sont variées car il s’agit de reliquats de nombreuses unités venues s’échouer sur les côtes de La Réunion. Cependant derrière ce grand nombre d’unités se cachent des effectifs squelettiques que le temps, le climat, la maladie finissent par ronger et les réduire à l’état d’unités négligeables. Abandonnées par la métropole, lointaine et impuissante face à la puissance navale britannique, ces troupes vont chercher leur salut dans les forces vives de l’île Bonaparte.

LES CREATIONS LOCALES

Combler les manques par des troupes locales était la solution qui semblait la plus avantageuse sur plus d’un point. Tout d’abord elle permettait de trouver des effectifs en nombre, grâce à la population "importante" de l’île dans laquelle les administrateurs et notamment DECAEN voyaient une «pépinière de soldats et de colons destiné(sic) à peupler et à mettre en valeur Madagascar et Batavia» . De plus ces troupes locales n’auraient pas à souffrir du voyage métropole- île Bonaparte, ni des affres du climat, y étant par nature habituées. Ensuite, l’encadrement de ces nouvelles troupes permettait de résorber la surabondance d’officiers présents et réduits presque à l’inactivité faute de troupes.

I. LA COMPAGNIE DES CHASSEURS DE LA REUNION :

A) Les antécédents

Faute de troupes professionnelles ou de réserve en nombre suffisant, on appela à la rescousse les vieux mythes de l’île Bourbon ( autre nom de l'Ile de la réunion...) et les officiers supérieurs se souvinrent de ces créoles « hommes agiles, bons tireurs et propres aux campagnes coloniales » . Ce dernier point tient de la connaissance des exploits accomplis lors de la guerre d’Indépendance américaine par un corps armé, pour les besoins de la guerre en Inde sous le nom de «volontaires de Bourbon». Ce corps pendant le conflit y avait montré une excellente tenue au feu et causé d’énormes ravages dans les rangs ennemis tant sur mer en défendant la flûte "les bons amis" assaillie par un vaisseau anglais.

Lors de leur transport en Inde, leur bateau est pris en chasse par un vaisseau anglais de rang très supérieur. Rattrapés, les "Bourbonnais" se sont massé sur le chateau arrière avec leurs fusils et ont posément abattu les uns après les autres les marins anglais... jusqu'à ce que ce dernier cesse la poursuite...

Ce "talent" particulier pour le tir vient du fait que dès l'enfance le créole est habitué à chasser ( cabris sauvage ) dans les forets denses pour compléter la nourriture assez limité ( maïs en bouilli, pain, céréales... fruits exotiques bien sûr ! ). De plus, pour les plus aventureux, une activité très particulière : la chasse aux esclaves "marons" c'est à dire qui se sont sauvé dans les hauts ou l'intérieur de l'ile sauvage. L'objectif étant de le capturé et / ou éliminer les esclaves en fuite. Un chasseur de marrons réunionnais très célèbre, qui s'appelait Mussart, était capable de courir après un fugitif dans les bois tout en rechargeant son fusil... ( ca me fait furieusement penser à Mel Gibson dans " Le patriot " )

Sur terre en participant au siège de Pondichéry.

Malheureusement pour nos officiers, ce corps n’avaient plus le même éclat qu’autrefois.

Tout d’abord les avantages nombreux et importants octroyés aux volontaires de Bourbon en 1779, n’étaient pas reconduit : ainsi ceux de 1779 avaient obtenu outre de se retirer quand ils le voulaient, sauf en tant de guerre, des concessions de terres lorsque ceux ci prenaient congé et la permission de se faire suivre d’un esclave nourri aux frais du roi. L’arrêté du 18 brumaire An XIII ( 9 novembre 1804 ) ne contenait aucunes de ces promesses. Si on rajoute à cela le puissant attachement du créole de Bourbon à son sol natal (nda : toujours d'actualité ! ), il n’est pas étonnant que presque aucun créole ne se portât volontaire pour cette nouvelle aventure.

B) Les difficultés locales

Aussi lorsque Decaen et Desbruslis ( général gouverneur de l'Isle Bonaparte ) voulurent recruter une nouvelle troupe, ils tablèrent sur le chiffre de 660 recrues. Mais si la population blanche avait doublé depuis 1779, la nouvelle levée n’était pas en proportion avec celle de l’augmentation de la population.

Devant tant de problèmes, les officiers supérieurs en furent réduits à recruter là où cela était encore possible.

Les auteurs divers et les rapports décrivaient une population avec une forte partie de gens vivant proche de la misère, souvent oisif, c’est à dire sans travail. Les plus misérables étant souvent baptisé « petits blancs » , terme stéréotypé employé pour désigner les colons blancs ( donc libres ) vivant parfois aussi pauvrement qu’un noir.

Qu’importe ! La République avait bien vaincu les armées aristocratiques avec des va-nu-pieds. Les officiers recrutèrent donc parmi les « indigents » de l’île. En outre les officiers supérieurs et l’administration civile de concert, y virent la solution miracle pour remettre ces « indigents » dans le droit chemin et les sauver de ce « mal » qu’est l’oisiveté.

Cependant il faut modérer cette affirmation : Grâce à un document des chasseurs coloniaux ( autre appellation pour les chasseurs de la Réunion ) de la section de Sainte-Marie , nous avons connaissance des professions exercé par ces derniers. Sur 25 hommes, 2 sont mariés, il y a 8 « habitants » ( des propriétaires vivants de leurs terres), 4 cordonniers, 3 régisseurs, 2 menuisiers, 1 meunier, 1 forgeron et 1 tailleur. Les chasseurs de la Réunion recrutent dans un cercle de gens sans richesse mais aussi dans des milieux professionnels assez divers, notamment ceux des artisans.

Afin d’ôter le trop plein de la population de l’île Bourbon « où il y avait un grand nombre de fainéant(sic) » , l’arrêté du 10 Brumaire an XII ( 2 novembre 1803 ) créait un corps de « volontaires » de plusieurs compagnies de chacune 165 hommes dont 5 officiers. En l’An XIII elles devaient être portées au nombre de 4, organisé sur le modèle des troupes légères et commandées par le capitaine Marcenay.

Le capitaine Marcenay est un homme au passé assez trouble. Capitaine du corps des volontaires de bourbon en 1789, il est soupçonné d’avoir des sympathies aristocratiques et est arrêté par les sans-culottes de l'ile Bourbon au cours de la « Terreur ». Cassé de son grade lors de la refonte de ce corps jugé aristocratique, il retrouve un emploi dans l’armée sous le Consulat puis l’Empire du fait de sa bonne connaissance de l’île, des ses habitants et des mentalités.

C) Quelle valeur pour cette troupe ?

Cette troupe baptisée pompeusement « chasseurs de la Réunion » comptait en l’An XIV, 181 hommes et 5 officiers, la levée de 1806 y ajouta une centaine d’hommes. Malheureusement cette solution impliquait de résoudre de nombreux problèmes.

Il faut avouer que la levée de cette troupe parmi les « petits blancs », est fort lointaine de « l’image d’Épinal » du sergent recruteur. Ce dernier traquant ses victimes inconscientes dans les tavernes, les faisant boire jusqu'à plus soif puis leur faisant signer leur engagement. L’aventure se terminant généralement dans les maux de tête du dégrisement matinal, au seuil de la caserne.

Bien au contraire, au vu des documents existants, cette levée fait plus penser à un ratissage en règle, à une rafle systématique. Le recrutement s’effectue de manière méthodique et quasi policière. Ainsi au terme des lectures des enquêtes préalables demandées par l’administration militaire on peut dégager le portrait robot de cet indigent, dont les administrateurs sont tant soucieux de lui trouver une occupation autre que de vagabonder dans les rues de sa commune :

C’est un homme dont l’âge importe peu, généralement avec des antécédents judiciaires, ciblé par de nombreuses plaintes, marié, père de nombreux enfants ( jusqu'à 26 enfants naturels !!!). Sans aucune propriété ou presque, voleur, contrebandier de divers produits comme l’arack (alcool de mélasse, c'est à dire de résidu de canne à sucre ayant déjà servi au rhum ), séditieux, « très mauvais sujet », querelleur (on relève le cas d’un ancien huissier qui « excite à la chicane ses voisins »), « perdu d’ivrognerie, ce que les excès de ce genre(sic) en conduit parfois jusqu'à la démence » dans les cas les plus extrêmes, divorcé, remarié, vivant des biens de sa femme parfois avec les enfants issus d’un autre mariage, fréquentant les cases des noirs ( nda : crime très grave aux yeux de la société coloniale ) et ayant de bonnes relations avec eux ( ! ! ! ).

D’autres rapports complètent ce portrait en présentant en détails des cas particuliers, tel « sans propriété et sans conduite », marié et divorcé suite «aux mauvais traitements qu’il lui faisoit(sic) éprouver et de la dissipation de son bien», tel expulsé de la colonie et revenu illégalement, tel vivant en concubinage avec une veuve vivant avec sa mère et « aide cette famille à boire le peu qu’elle à », passons les qualificatifs redondants, comme voleur et ivrogne. Terminons ce tableau judiciaire par le cas de 6 créoles de 14 à 38 ans, vivant de leurs vols, les mangeant dans «la case des négresses» car ils y trouvent un peu de «mahys»(sic) et «doivent sortir, car non seulement ils corrompent les jeunes gens qui fréquentent leur société mais leur conduite et leurs propos vis à vis des négresses ne peuvent être que dangereux» ( nda : les sauvageons de l'époque quoi...).
D’autres problèmes sont détaillés notamment sur le fait, compréhensible, que ces futurs volontaires-désignés sont peu soucieux d’être attrapés. Par conséquent cette population de vagabonds change de place dès que la menace se fait sentir :

« Et voilà ou en sont les mauvais sujet : ceux de saint Denis viennent à Saint Paul et ceux de Saint Paul vont plus loin quand la police est sur le point de les atteindre, par le peu d’autorités donné aux commissaires civils des différents quartiers »


Comment après un tel portrait ne pas comprendre le sentiment d’occuper ces criminels potentiels, constamment sur les routes et donc incontrôlables ?
En fait pour beaucoup d’administrateurs, cette mesure « atteint le double but de procurer des hommes au gouvernement et de débarrasser la colonie de personnes préjudiciables à la tranquillité ».
Il faut à la fois purger les rues de ces « S.D.F » avant l’heure, les corseter grâce à la discipline de l’armée, leur donner le goût de l’effort et du travail, et surtout les sauver de leur misère en leur procurant un abri, 3 repas par jours et des vêtements. D’ailleurs, l’entête d’un document similaire, indique «Quartier de Sainte Rose: Hommes désignés aux états comme «errans(sic) et sans moyens d’existence» ou encore «comme erant (sic) et vagabond».

D) Des méthodes peu nouvelles

En fait ces idées ne sont pas neuves. Bien au contraire ! Elles sont exactement les mêmes que celles préconisées quarante ans plutôt par le gouverneur Bellecombe, qui voyait dans l’armée le moyen de remettre dans le droit chemin les miséreux de toute sorte..

Mais la population susceptible de bénéficier de cette grande levée, est beaucoup plus large. Non seulement seront incorporé les miséreux de toutes sortes mais aussi les enfants « des familles indigentes pouvant donner des enfants à ce corps » , autre mesure "sociale" pour soulager les familles de bouches à nourrir en surnombre.

Cependant, un âge minimal étant nécessaire et conscient de la portée d’une telle mesure, les militaires reçurent la consigne d’agir «avec toute la délicatesse que comporte une affaire aussi importante en retirant premièrement, des hommes nuisibles et vagabonds, ensuite des jeunes gens dont les familles sont sans moyens, nous avons parmi ces derniers des jeunes gens qui n’ont pas l’age(sic) requis mais le capitaine Marcenay, nous ayant fait connaître que le gouvernement les emploierait (sic) dans ses ateliers (sic), ou dans la marine».

On peut s’interroger sur la portée véritable de ces mesures. En fait, le but principal de former un nouveau corps armé sera atteint malgré de nombreux problèmes, tant matériels, disciplinaires que relationnels, vis à vis de la population. Ce recrutement dans les bas fond des couches sociales ( l'ile Bourbon "d'en bas" en somme ? ) a t‘il purgé les rues de ces citoyens de seconde zone, considérés comme nuisibles au point de vouloir s’en débarrasser ?

Le capitaine Marcenay commandant le corps des chasseurs de la Réunion, en dresse le bilan dans son rapport à la suite de sa visite dans les cantons de la partie "au vent" ( Est de l'ile ). Il chiffre leur nombre à 60 hommes mais surtout porte ses remarques sur le fonctionnement de l’administration et les difficultés qu’il y a rencontré. Difficultés administratives à Sainte-Rose surtout, malentendus, fausses interprétations des autorités du canton, d’ailleurs il le résume lui-même :

« je ne trouve point la bonne volonté à laquelle on devrait s’attendre » (dans cette partie de l’île), mais la mesure est regardée comme « un bienfait que de toutes parts on m’a chargé de demander aux instances. Cette mesure nécessaire, fasse sortir tous les jeunes hommes indignes et leurs familles de l’irrésolution où ils sont tous et je crois pouvoir vous garantir que les levées se feront alors avec plus de facilités. J’aperçois que cette partie [sous le vent] me donne une bien plus grande quantité d’hommes que d’autre, ce qui sera d’un grand avantage pour la levée en raison [?] de ces hommes et de leur bon esprit» .

Il conclut ce rapport en insistant sur la bonne coopération des cantons du vent.

II. LE BATAILLON D’ARTILLEURS AUXILIAIRES

Autres troupes levées: Decaen comme la plus part des officiers de carrière arrivés dans l’île avait fait son apprentissage dans la France Républicaine et Révolutionnaire et il plia sa vision des choses à son devoir de militaire : trouver de nouveaux bras.
Aussi pour lui les questions relatives aux couleurs de peau ne le touchèrent que de très loin lorsqu’il lui fallut trouver de nouveaux hommes et voulut recruter chez les « gens de couleur libres». C’est par un acte officiel que naît l’un des premiers corps militaires qui sera recruté sur place.

« Decaen Capitaine général des établissements français à l’est du cap de bonne espérance, ayant reconnu l’urgence de former une compagnie de gens de couleurs, libres, pour contribuer au moins pendant la guerre, à la défensse(sic) des colonies orientales de la république ; persuadé qu’il y trouvera parmi ceux de l’Isle de la Réunion des soldats fermement disposés à faire preuve de zèle et de courage, arrête. »


Suit une série de 10 articles donnant en substance :
La compagnie de gens de couleur libres portera la dénomination de compagnie d’artilleurs auxiliaires ( article 1), elle sera composée d’officiers ( au nombre de 6) nommé par le capitaine général (article 7) et de sous officiers ( au nombre de 4 ) tous blancs, exception faite pour le grade de caporal, seul grade accessible aux hommes de couleur. Son effectif sera de 145 hommes dont 120 fusiliers (article 2) Le recrutement se fera de 16 à 25 ans de la taille de 5 pieds 4 pouces ( 1m 60 au moins) (article 3) et sur la base du volontariat, mais si au 10 germinal, le corps n’est pas complet, « il sera procédé comme il est indiqué ci après, à la levée du nombre d’hommes encore nécessaire(sic) » (article 4).
Celle-ci sera effectuée par les membres du conseil d’administration de chaque quartier et par désignation « des hommes susceptibles de servir dans la dite compagnie en ce conformant à ce(sic) que prescrit l’article 3» (article 5) Les hommes seront transportés à l’Isle de France (article 6) Enfin, ils seront soldés, administrés et régis de la même façon que l’infanterie de ligne de l’armée française (article 9).

Notons que ces troupes relèvent d’un statut bâtard du point de vue militaire, puisqu’elles tiennent à la fois de la ligne, de l’artillerie, et de la troupe d'élite puisque l’article 11 précise qu’elles feront le service d’artillerie et seront instruites comme des troupes légères.
Il existe de nombreux documents établissant l’inscription de ces hommes de couleur libres, sur la liste des forces nationales et surtout fournissant de très nombreux détails. Au vu de ces derniers nous pouvons affirmer que :

Dans la réalité, les conditions d’âge furent extrêmement peu respectées, ainsi sur 9 hommes libres désignés par le conseil d’administration du quartier de Sainte-Suzanne pour faire partie des artilleurs auxiliaires, le plus jeune avait 18 ans, le plus vieux 55 . De même le 12 prairial An XII ( 1er juin 1804 ) où 6 hommes supplémentaires sont désignés, leur âge s’étale de 18 à 41 ans . Le phénomène de recrutement de personnes plus vieilles que l’âge légal peut sembler peu choquant, si l’on considère que la faiblesse des effectifs pouvait pousser à recruter de manière plus large. Le problème devient plus délicat, lorsque cet élargissement, se fait autant vers le haut que vers le bas. Dans une liste d’hommes de couleur libres en date du 16 germinal An XII ( 6 avril 1804 ) établie par le commandant de quartier pour la commune de Saint-Leu, il est fait état de 28 hommes âgés de 15 ans pour le plus jeune à 56 ans pour le plus ancien, avec une moyenne de 33 ans.

On envisagea de les employer comme artilleurs pour les batteries côtières où ils feraient également le service d’infanterie et d’artillerie. Mais dans la pratique, des quotas étaient mis en place par les conseils d’administration des communes, de concert avec l’administration militaire, et si le « volontariat » n’était pas suffisant, les militaires comblaient les manques à l’aide du sacro-saint pouvoir de réquisition, pouvoir dont ils feront un usage assez conséquent.
Cette méthode fut un autre essai pour les communes de purger leurs populations des éléments indésirables, comme le laisse transparaître un état des hommes nouvellement levé à Saint-Paul. Le texte précise:

« que le conseil d’administration juge qu’il serait un bien pour ce quartier qu’ils fussent incorporé(sic) dans la compagnie d’artillerie auxiliaire. »

Dans la même direction, le conseil d’administration de Sainte-Suzanne présenta 9 individus «comme susceptibles de servir dans l’artillerie auxiliaire en exécution de l’arrêté du capitaine général en date du 1er floréal An XII ( 21 avril 1804 )»
Sur ces 9 individus, 7 sont décrits comme « mauvais sujet et à charge à la commune et à la colonie» . Toujours dans ce courant un document nous apporte un complément de qualificatifs sur les individus que l’administration civile y envoyait afin de s’en débarrasser :

« Mauvais sujet et même plus » (!), errant, sans conduite, sans moyens, menant une conduite déréglée ou déserteur depuis 20 jours . Des termes qui résonnent étrangement comme d’autres que l’on retrouvera pour les chasseurs de la Réunion. Il est à préciser par honnêteté que dans ce même document il se trouve un individu que l’on décrit comme marié, ayant 2 enfants, bon sujet et ayant des moyens. On peut imaginer deux situations : la première est celle d’un « homme de couleur libre », citoyen modèle, croyant fermement en son devoir, volontaire pour servir sa patrie. La seconde, moins exaltante, celle d’un affranchi qui, sous les pressions de l’administration locale, se sera porté volontaire pour combler les manques de cette nouvelle compagnie.

D’autres documents permettent d’étoffer les motifs de désignation et les adjectifs employés ou les tournures de phrases méritent d’être citées pour l’importance des conséquences qu’elles sous-entendent :
Dans la liste des gens de couleur libre susceptibles d’être enrôlé dans la compagnie d’artilleurs auxiliaires de Sainte-Rose, on trouve les vocables d’ivrogne, de paresseux, sans propriété, commerce nocturne et illicite ( trafic de café pendant la nuit sans doute, le café étant un monopole d'état ), à charge de sa famille, « n’ayant rien, ne faisant rien, suspect pour ce rapport » Ayons l’honnêteté de préciser que de cette liste de 13 personnes seules 5 sont décriées pour mauvaise conduite (se sont donc ces cinq là qui totalisent l’ensemble des adjectifs énoncés plus haut) et sont exclues 2 vieilles personnes ( de 62 et 50 ans), à quoi il faut ajouter, deux personnes récemment arrivées sur lesquelles « le conseil d’administration ne peut prononcer sur leur moralité ».

III La compagnie de Dragons

La compagnie de dragons est la seule unité de cavalerie de l’île. Unité particulière puisque le relief particulièrement accidenté en fait une unité peu capable de faire face sur un champs de bataille. Pas de charge héroïque de cavalerie possible. Cependant, l’utilité des cavaliers peut trouver sa solution dans le domaine des communications. Cette compagnie fut divisée en « brigade » ( le terme ne correspond en tout cas, pas à la réalité d’une telle unité) de dragon, à raison de une par quartier. Recrutée parmi les jeunes gens de la bourgeoisie de l’île, elle représente donc le « summum » en terme de prestige. En effet, la monture est à la charge des dragons, ce qui limite l’incorporation dans cette unité. Nous possédons peu d’informations sur ces dragons néanmoins nous pouvons déduire avec le peu de documents que ces derniers ne sont pas à l’abri des soucis matériels qui touchent l’ensemble des unités de l’île.

Ainsi, dans les dragons de Sainte-Rose n’ont pas de fusils. Le 22 novembre 1809 : 28 dragons de recensés à saint Denis et le 14 février 1810, ils étaient 29 . 16 dragons à Sainte-Rose en date du 1er novembre 1809 . Précisons néanmoins que cette troupe n’est pas professionnelle. Il est possible de la comparer la compagnie de dragons de l’île Bonaparte à certaines unités de métropole comme les « gardes d’honneur ». Ces dernières étaient levées dans les grandes villes désirant montrer leur attachement à l’Empereur et servant à son escorte lors de la visite de la ville. Cependant certaines d’entre elles se comportèrent de manière très honorable lors de la campagne de France de 1814. Cette compagnie ne jouera quant à elle aucun rôle militaire direct, se contenant de transmettre les ordres avec diligence jusqu’en 1810.

CONCLUSION SUR LES TROUPES

Les militaires ont donc cherché la solution de leurs problèmes en levant sur places les troupes nécessaires à la défense de l’île. Mais si leurs efforts ont permis de mettre sur pied, trois unités principales, elles n’en sont pas moins touchées par les affres de leurs consœurs de métropole. Ces unités finissent-elles aussi par se désagréger au contact des difficultés quotidiennes.

(Suite en cours d'écriture...)