Au centre, le Corps de Soult attend les ordres de l’Empereur. La brume, en se dissipant, démasque les mouvements de l’armée coalisée. Le plateau du Pratzen se dégarnit. Il est temps de l’occuper, de se placer au centre de l’organisation adverse afin d’interdire toute communication, afin de déstructurer l’adversaire. Soult, le grand manoeuvrier comme le souligne Napoléon, dispose à ce moment de deux divisions. Celles de St Hilaire, qui pour l'instant a cédé deux régiments à Vandamme, doit s’emparer de sud du plateau du Pratzen. Vandamme, à la tête de 7 régiments va s’occuper du nord en prenant le Staré Vinohrady. Quant à Soult, une fois l’ordre de départ fourni, les historiens s’attachent à dire qu’il a mystérieusement disparu, que ses généraux de Division vont réellement prendre en charge l’opération qu’ils vont conduire de belle manière. Soult reviendra plus tard vers ses hommes, bien plus tard, en début d’après-midi…
Le Village du Pratzen (au printemps)
Saint-Hilaire à droite
Attachons nous aux trois régiments ( 10, 14, 36) de St Hilaire. L’opération commence mal ; le 1er Bataillon du 14ème avance vers le village du Pratzen sans aucun tirailleur pour éclairer le mouvement ; il est fusillé à bout portant par un bataillon du régiment Novgorod et se débande. Les éléments avancés russes de la colonne de Miloradovich occupent le village et ses alentours. Ils vont en être chassés dans un deuxième temps par le deuxième bataillon du 14 accompagné par le 36ème en bataille. Certains vont fuir vers le Staré Vinohrady, on les retrouvera avec Vandamme, les autres déroutent vers le sud-est, poursuivis par les trois régiments de St Hilaire… jusqu’à se heurter aux 8000 hommes de Rottermund et Jurzick ! Les régiments français stoppent, puis tout en assurant un feu nourri, rétrogradent et s’arrêtent. Pendant 20 minutes, aidée par six canons de douze livres envoyés par l’Empereur, la division résiste, alors que Kursk et Podolier de la Colonne Langeron sont remontés de Sokolnitz pour aider leur compagnon d’arme... mais suivis par une partie de la division Legrand. Les assauts, de moins en moins vigoureux, finissent par se tarir ; le sol est jonché de fantassins russes… Il n’y a pas de prisonnier…
Les Hauteurs du Pratzen.
La pente en venant de Sokolnitz est rude
En concomitance, Vandamme a commencé son mouvement avec 7 régiments. Après avoir bousculé le #7, la division est devant le Staré Vinohrady occupé par les fuyards de Miloradovich. Ordre est donné au 24ème de se déployer en tirailleur et d’assaillir les coalisés. Durant 30 minutes, ces derniers vont recevoir sans reculer un feu peu dense mais meurtrier. Vandamme change alors de tactique, rappelle les tirailleurs et organise une avancée générale de sa division, mettant en fuite l’adversaire qu abandonne alors le sommet du plateau. Le 4ème de Ligne a maintenant pour mission d’occuper le vignoble ; il est observé par des éléments de la Garde Impériale russe qui occupent le village de Blazowitz. Dans un premier mouvement, le régiment #23 gravit la pente, s’attaque aux français mais est repoussé par un feu nourri. Les Jaegers, secondés par les Hussards impériaux, interviennent alors, bousculent le premier bataillon du 4ème qui s’enfuient avant de se mettre en carré pour mieux résister à la cavalerie… mais être mitraillé par des canons de l’artillerie montée russe. Un drapeau français est pris ; ce sera le seul de cette journée. Le 24ème vient alors soutenir le 4ème.
Du Staré Vinohrady vers Sokolnitz
A quelques centaines de mètres en arrière, l’Empereur et son état-major suivis par la Garde Impériale font mouvement pour se rapprocher du centre du conflit. Les fantassins en fuite ont abandonné leur fusil et ne se retournent pas… Ils crient Vive l’Empereur en continuant leur course. Bessière sait que la cavalerie adverse n’est pas loin car un fuyard poursuivi par de la cavalerie n’essaye pas d’évaluer sa distance à l’adversaire ; il court… Napoléon demande à Bessières d’aller mettre de l’ordre. Les 750 cavaliers lourds de la Garde Impériale font alors mouvement sous les ordres des généraux Morland et Ordener, chassent les Gardes du Corps de la Garde Impériale russe puis sabrent les régiments d’infanterie adverses.
La cavalerie coalisée se rallie, revient à la charge de son homologue français qui est maintenant situé derrière le 1er Corps de Bernadotte organisé en échiquier. Les russes traversent alors cette chicane, se font fusilier par les fantassins rangés en colonne serrée, atteignent enfin la Cavalerie de la Garde française; bousculés, les russes font le chemin inverse, et à nouveau se font mitrailler… Ce manège meurtrier s’arrête rapidement. Les pertes sont très lourdes. Le plateau du Pratzen est sous contrôle de l’armée française. Nous sommes en fin de matinée.